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Prêts d'oeuvres

Prêt du tableau de Guillaume Guillon-Lethière, l'Enrôlement des volontaires

Guillaume Guillon-Lethière
(1760-1832)
L'enrôlement des volontaires ou la Patrie en danger
1799
Huile sur toile. Acquis en 1985 avec l'aide du Fonds régional d'acquisition des musées de Rhône-Alpes. Inv. MRF 1985-14.
Œuvre en prêt de février à juin 2013 au Städel Museum, Francfort-sur-le-Main pour l'exposition Beauty and Revolution. Neoclassicisms 1770-1820.

En 1799, parce que la France était de nouveau menacée d'invasion, le gouvernement lançait des appels à la conscription. Au pied de la statue de la Patrie, soutenant la Liberté et l'Egalité, les femmes recommandent leurs enfants au ciel et à leurs pères, qui jurent de vaincre ou mourir. Sur le devant, une scène d'inscription, le dépôt des armes et l'adieu à l'officier sur le point d'embarquer.  

I. L'auteur
Fils naturel du procureur du roi à la Guadeloupe et d'une esclave noire affranchie, Guillaume Guillon change de nom en Letiers, Lethiers puis Lethière signifiant ainsi qu'il était le troisième enfant. En 1774, âgé de 14 ans, il est emmené en France par son père qui l'inscrit à l'école de dessin de Rouen. En 1777, il se trouve à Paris, partageant son temps entre l'Académie royale et l'atelier du peintre Doyen chez qui il acquiert le goût des grandes compositions animées. Il obtient en 1784 le second Grand Prix de Rome qui lui procure une pension royale pour séjourner durant quatre années en Italie (1786-1790) où il approfondit sa connaissance de l'Antiquité et découvre les paysages classiques. Rentré à Paris, il compose des allégories révolutionnaires et risque un moment d'être inquiété pour un hommage à Hérault de Séchelles (membre de la Convention, il fut guillotiné en même temps que Danton en avril 1794). À partir de 1793, il expose régulièrement aux Salons, et en 1799 y envoie La Patrie en danger.

Vers la fin de l'année 1800, Lucien Bonaparte, qui vient d'être nommé ambassadeur d'Espagne, lui demande de l'accompagner à Madrid pour l'aider à constituer sa collection de tableaux. Sous l'Empire et la Restauration, les honneurs et les nominations se succèdent : direction de l'Académie de France à Rome (1807-1816), élection à l'Institut (1818), nomination comme professeur à l'École des Beaux-Arts de Paris (1819). Jusqu'à la fin de sa vie, il continue à peindre d'ambitieuses compositions historiques.

II. Contexte historique et contexte de réalisation de l'oeuvre
À partir de 1797, les dirigeants de la France ont beau toujours prétendre « lutter contre les tyrans », ils mènent une politique d'expansion bien éloignée de la volonté de faire respecter le droit des peuples à disposer d'eux-mêmes. Brusquement, l'Europe découvre que la France n'a cessé de s'agrandir, annexant la Belgique, la rive gauche du Rhin, la Savoie et le Piémont, Mulhouse et Genève, et étendant son influence par l'intermédiaire des « républiques-soeurs » à la Hollande, la Suisse et la
majeure partie de l'Italie. En 1798, face à cette menace, une coalition est constituée rassemblant l'Angleterre, l'Autriche, la Russie et Naples. Menacée, la république fait appel à Bonaparte qui, après avoir échoué en Égypte dans sa tentative d'affaiblir l'Angleterre en coupant une de ses routes vers l'Asie, inflige aux Autrichiens de lourdes pertes.
Dans les derniers mois de l'année 1799, et sans doute dès les premières semaines du Consulat, le ministre de la Guerre Berthier lance par voie d'affiches une véritable proclamation de la patrie en danger (Décret du 29 brumaire An VIII) suite à l'assassinat des plénipotentiaires français revenant de Rastatt après l'échec des négociations de paix. Le 28 avril est le point de départ d'une vaste campagne de mobilisation pour préparer la population à se défendre.
Une loi adoptée en septembre 1798 (ou loi Jourdan, proposée par le général Jourdan, député au Conseil des Cinq-Cents), fondée sur le principe que « tout Français est soldat et se doit de défendre la patrie », sera imparfaitement appliquée mais réglera le service militaire jusqu'en 1814 et avec quelques modifications jusqu'en 1872.
Le thème de la défense de la patrie revient au premier plan, l'actualité s'imposant comme un nouvel horizon artistique. Certains artistes, en réponse à cet appel, renouant avec l'esprit de l'An II, tenteront de ressusciter l'ardeur patriotique comme Topino-Lebrun ou Lesueur, ou encore Lethière qui, dans cette toile, y réussit parfaitement.
La circulaire du ministre de l'Intérieur, fixant les modalités de la fête funèbre en l'honneur des diplomates assassinés, prévue le 8 juin, insiste sur la soif de vengeance : « A rtistes, placez au pied de ces urnes, de ces mausolées, de ces pyramides, de ces colonnes funéraires, l'olivier brisé, ensanglanté, la nature voilée, l'humanité en larmes.... Déployez sur les bas-reliefs ou sur des frises ces scènes sanglantes dans toute leur horreur.... Montrez le despotisme recueillant le sang dans une coupe. Peignez tous les fléaux qui marchent à sa suite : la famine, l'incendie, la guerre, la mort. Peignez les républicains courant aux armes et renversant le monstre.(...) Il est une cérémonie antique et sombre que l'on pourrait renouveler avec succès. Chez les Anciens, on dévouait aux Furies le nom
et la mémoire des parricides et des scélérats qui épouvantaient la nature par de nouveaux crimes. »

III. Analyse de l'oeuvre
Étude du sujet
De par son sujet, l'oeuvre s'apparente d'avantage à une scène de genre, cependant, la théâtralisation et le retour à l'antique, ainsi qu'une part d'imaginaire, rapprochent l'oeuvre d'une peinture d'histoire.
L'oeuvre est une esquisse, c'est-à-dire une étude préparatoire, représentant le départ d'une foule de jeunes guerriers pour la défense de la patrie.
La scène d'enrôlement proprement dite, contrairement aux représentations militantes de 1792, occupe une place très réduite dans la toile. Devant le porteur de bannières assisté de trompettes, à côté de la table où un secrétaire inscrit les noms des enrôlés, un magistrat en tenue chamarrée, inspiré
des projets de costume de l'an II et du Directoire de David, accueille seul un jeune homme conduit par son père, recevant la couronne civique. Sous les yeux des officiels assis en rang serré, un groupe compact de jeunes enrôlés, sabres au clair, dérivant des Horaces, prêtent serment à la Patrie. La sculpture, colosse imposant soutenant d'une main la Liberté et l'Égalité, est assise sur une large base. À l'entour sont pressés des faisceaux d'armes et d'enseignes, des groupes de femmes et d'enfants. Elles recommandent ces derniers au ciel et à leurs pères, leurs voix semblent se mêler à celle de la Patrie. D'autres figures féminines participent à l'action et contribuent à unifier les groupes entre eux. Une épouse embrasse fougueusement un futur héros que ses compagnons incitent au départ. Un élan unanime, qui rejoint celui des enrôlements de 1792, parcourt l'assemblée.
Dans la foule se trouve une personne de couleur, représentant des colonies et symbole vivant de l'abolition de l'esclavage par la Convention de 1794. Quant au paysage, à l'arrière-plan de ce port méditerranéen, il est composé de bâtiment de styles les plus divers et contribue comme les références antiques à donner à l'événement une plus grande résonance historique.

Étude de la composition
L'esquisse est de petit format, rectangulaire et étiré en largeur, la production finale devait être monumentale.
Deux parties sont à différencier. La partie inférieure est composée d'un nombre important de personnes réunies en plusieurs groupes ; la partie supérieure est formée d'un paysage composite : monuments, ciel, arbre, mer, colline. Les différents groupes de personnages sont difficiles à différencier. Cependant, il faut prendre en compte leurs gestes et leurs regards afin de mieux les discerner.
Le cadre coupe les personnages de part et d'autre de l'oeuvre, ce qui laisse supposer que la scène se prolonge de chaque côté. L'artiste n'a pas réellement mis de distance entre la scène et l'observateur. On peut en effet remarquer des figures coupées dans le coin inférieur droit. Le spectateur est donc également acteur, même si aucun des personnages ne regarde dans sa direction.
La perspective linéaire est suggérée par la diagonale du bâtiment de gauche, la perspective atmosphérique se retrouve à l'arrière-plan où les lignes sont floues.

Étude de la figure humaine
Les figures ont, quelque fois, des expressions si expansives qu'elles déforment les visages, comme, par exemple, celui de la première femme tendant son enfant, sur la droite. Il ne s'agit pas ici d'une galerie de portraits, c'est pourquoi les têtes sont relativement similaires.
La foule est dense, les attitudes sont diverses, les regards sont lancés dans toutes les directions. La confusion provoquée, bien qu'étouffante, est une volonté de l'artiste.

Étude de la lumière et des couleurs
L'artiste a utilisé un clair-obscur peut-être trop contrasté, critique un contemporain ; cependant il crée une dynamique non négligeable. La lumière éclairant le premier plan est vibrante et transperce les branches de l'arbre situé sur la gauche. Le ciel, à l'arrière-plan, éclaire peu la scène. Pourtant, de part et d'autre, la présence de l'arbre sur la gauche obstruant le ciel et des grands nuages sombres à droite fait ressortir une bande verticale plus claire,mettant en valeur le couple qui s'embrasse, au centre.
Les couleurs froides confèrent à l'oeuvre un ton grave.

Analyse stylistique
Guillaume Guillon-Lethière fut fortement influencé par David et par le néo-classicisme qui cherche dans le patrimoine archéologique et l'antiquité classique un équilibre sévère, une harmonieuse élégance et les thèmes d'un message moral austère. L'association heureuse entre l'expression des affections privées et celle des sentiments patriotiques est l'un des puissants ressorts de l'ensemble de l'œuvre ayant entraîné Chaussard à déclarer que l'amour et la gloire étaient « deux passions vraiment françaises ».

IV. Portée de l'oeuvre
Quand elle fut exposée au Salon de 1799, le critique républicain J.-B. Chaussard en fit l'éloge dans la Décade philosophique du 10 vendémiaire An VIII( 2 octobre 1799) « Elle est large cette esquisse ; pleine de verve et d'effet » mais une critique anonyme dans le Journal des Arts, de la littérature et du commerce émit quelques réserves : « (....) elle représente le départ d'une foule de jeunes guerriers pour défendre la patrie : elle est bien composée (...) mais la distribution de ces groupes ne laisse pas assez de repos à l'oeil.(...) Les ombres et les lumières ne sont pas assez largement combinées, le fond n'est pas assez aérien... »
Le projet qu'avait le peintre d'exécuter son tableau en grand ne put se réaliser.
Quelques mois plus tard, Bonaparte renversait le Directoire et mettait les artistes au service de sa gloire personnelle.

V. Un attrait prononcé pour l'Antique
n Décrypter une peinture d'histoire en s'interrogeant sur les influences artistiques de l'époque révolutionnaire : ici cela permet de mettre en évidence les références à l'Antiquité. Le mélange de réalisme et d'invention est un aspect essentiel de la conception du tableau. On peut noter l'invraisemblance du cadre qui ne situe pas la scène dans un lieu géographique précis. Les monuments antiques dans le fond et certains drapés de femmes font même douter de l'actualité de la scène. Cela permet à l'artiste de revendiquer l'invention et la poésie face aux contraintes de description et de réalisme que lui impose la représentation d'un sujet contemporain. Le dialogue avec l'Antiquité se retrouve en plusieurs endroits de la composition, dans l'architecture qui évoque les temples grecs, dans la figure de la femme avec les fusils, ainsi que dans la figure de la patrie qui rappelle les figures de Rome. La référence à l'Antiquité est parfois moins évidente, comme ce couple au centre qui dérive autant des représentations des adieux d'Hector et d'Andromaque que de l'effusion des amoureux dans le roman sensible de l'époque.
n Mettre en évidence le rôle important accordé à l'action des femmes, qui encouragent leurs maris, frères et fils, à défendre la patrie. Au début des années 1790, il est encore courant de voir la femme regretter le départ de l'être cher et même s'évanouir, les artistes mettant l'accent sur leur sensibilité en contraste avec la fermeté masculine. Le tableau de Lethière montre, ainsi, l'évolution de l'attitude envers les femmes, devenues aux yeux de certains républicains citoyennes à part entière.

Découvrir les costumes de l'époque
Pour les hommes : on notera dans ce tableau l'importance accordée aux costumes officiels. Au centre, les personnages assis sont habillés du costume du Conseil des Cinq-cents et des Anciens. Plus à droite les enrôlés portent la toque et l'habit jaune avec la bordure brodée de « représentant du peuple en fonction », costume dessiné par David en 1794, mais resté à l'état de projet.

Pour les femmes : si la plupart des protagonistes masculins portent des vêtements d'époque, les femmes, en revanche, sont vêtues à l'antique, telles des héroïnes grecques ou romaines, avec une « précision presque archéologique ».
L'influence classique sur la robe, suivant l'exemple donné par le nouveau gouvernement en France et l'intérêt soulevé par les découvertes archéologiques d'Herculanum et de Pompéi, trouve son origine dans la Grèce et la Rome antiques.
Pour la première fois depuis des siècles, les femmes suppriment les paniers, les tournures. Elles s'habillent sans artifices et sans modifier les formes naturelles du corps. Elles adoptent donc la mode à l'antique : longues tuniques de gaze ou de linon dites à la romaine. Comme on veut mouler les formes du corps, il faut renoncer aux poches. La grande innovation est la taille haute (qui se prolongera bien après), la gorge est soutenue par une brassière de toile renforcée. En général, les manches sont courtes et de longs gants montent jusqu'à l'avant-bras. La passion pour l'art antique se traduit aussi dans les coiffures. Dans les boutiques des coiffeurs en renom trônaient les bustes des déesses et impératrices de l'Antiquité. La coiffure « à la Récamier » les cheveux relevés en boucles retenus par un large bandeau se répand, imitant les boucles peintes par David en 1800 sur son tableau célèbre Madame de Récamier. Célèbre pour son Salon où se pressait le tout-Paris sous le Directoire, l'épouse du banquier parisien Récamier fut l'une des premières à meubler son salon en style « étrusque » et à s'habiller « à la grecque ». Reine de la mode, elle joua un rôle non négligeable dans la diffusion du goût pour l'antique qui se répandit sous l'Empire.

 

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